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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/172

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ŒUVRES DE STENDHAL.

« Je ne conçois pas en vérité la réputation que les Italiens veulent faire à un peintre nommé le Corrége : ça n’est pas dessiné ; toutes ses figures ont le menton long : cela est dans le genre de notre Boucher, mais en vérité fort inférieur. »

Tout ce qui était présent applaudit, moi le premier. Ce serait grand dommage de gâter de telles gens de goût, il faut les avoir complets.

Il y a deux absurdités de détail dans les opéras français, même ceux de M. Scribe, cet homme d’esprit. On y parle en style noble. Dans le Philtre on dit en ces lieux pour ici, il sommeille pour il dort, avant le moment nuptial pour avant le mariage. Ce langage ôte toute sympathie, et tuerait l’effet dramatique, si tant est qu’il y eût quelque chose à tuer. Guillaume Tell est bien pis.

Mais il y a plus, beaucoup de ces malheureux ouvrages sont en vers. Or, comme la musique répète les mots, jamais ces vers n’arrivent à l’oreille du spectateur. Ils ne sont là que pour le malheureux Allemand qui lit la pièce. Et d’ailleurs comment ce que les hommes de lettres appellent l’harmonie des vers arriverait-il à l’oreille à travers la mélodie telle quelle de la musique ? Que d’absurdités à la fois ! C’est un guêpier, et je me perds en osant le dire.


— Lyon, le 7 juin.

Ce matin, je suis allé démontrer les antiquités de Vienne à un officier anglais de mes amis, qui, parce que j’ai vendu du fer en Italie, a la bonté de croire que j’en sais plus que lui. Nous sommes allés fort lestement par le bateau à vapeur, et revenus en chaise de poste.

Dans les voyages, la soirée est le moment pénible ; quand dix heures sonnent, je regrette, je l’avoue, certains salons de Paris où il y a du naturel, où l’argent et le crédit auprès des ministres ne sont pas les dieux uniques (ils sont dieux pourtant). J’ai passé la soirée d’hier fort agréablement avec mon Anglais, qui rit quelquefois, c’est le nommer. Les personnes qui le connaissent ne