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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/137

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

leur gaieté insouciante, et surtout par le manque de talent pour faire de l’argent ; tandis que leur voisin Kymri fait fortune en dix ans.

Les Kymris sont d’une haute stature ; leurs formes sont élégantes, élancées et vont bien avec l’habit moderne. Ils ont la tête longue et large du haut, le crâne fort développé ; de sorte que les yeux sont au milieu de la tête en partant du sommet. Le front est haut et large ; la forme des yeux est allongée, le nez est recourbé, mais les ailes du nez se relèvent.

Le menton est saillant, de sorte que, suivant les façons de parler du peuple, souvent les Kymris ont un nez en bec à corbin et un menton de galoche. Les cheveux kymris tendent à la couleur blonde, comme ceux des Gaels aux teintes noires.

Vous voyez que cette taille, cette figure, ces cheveux, contrastent singulièrement avec les apparences du Gael. Il en est de même du caractère. Les Kymris portent très-loin l’estime d’eux-mêmes ; quelquefois cette qualité arrive chez eux jusqu’à la fierté et à l’orgueil. Ils n’ont pas la bonhomie facile du Gael, mais leur caractère est remarquable par une extrême ténacité. Si l’on ne peut pas louer en eux la promptitude et la vivacité de l’esprit, en revanche ils sont pleins d’intelligence, fort réfléchis, et souvent arrivent au génie. Le seul homme mort depuis Napoléon à qui l’on accorde du génie, le célèbre baron Cuvier, avait tous les traits du Kymri ; seulement sa taille, quoique élevée, n’était ni assez haute ni assez élancée.

Chose singulière ! on ne rencontre guère d’homme de l’une ou de l’autre race au caractère physique pur ou à peu près, qui n’en ait aussi le caractère moral. Le Gael représente le Français ; le Kymri l’Anglais et le Breton. Les Kymris occupent le nord de la France, la Normandie surtout, et en Bretagne les côtes du Nord, de Lannilis à Saint-Malo.

La race basque ou ibère se rencontre dans la partie méridionale de la France, le long des Pyrénées, et s’étendait, du temps de César, jusqu’à la Garonne. Ils occupaient aussi le littoral de