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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/253

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XXVI


Octave, consterné du changement qu’il voyait dans la manière d’être d’Armance, pensa que, même en sa qualité d’ami, il pouvait espérer qu’elle lui confierait le sujet de ses inquiétudes ; car elle était malheureuse, Octave ne pouvait en douter. Il était également évident pour lui que le chevalier de Bonnivet cherchait à leur ôter toutes les occasions de se dire un mot qu’auraient pu leur offrir les hasards de la promenade ou du salon.

Les demi-mots qu’Octave hasardait quelquefois n’obtenaient pas de réponse. Pour qu’elle avouât sa douleur et renonçât au système de retenue parfaite qu’elle s’était imposé, il aurait fallu qu’Armance fût profondément émue. Octave était trop jeune et trop malheureux lui-même pour faire cette découverte et en profiter.

Le commandeur de Soubirane était venu dîner à Andilly ; le soir il y eut de l’orage, il plut beaucoup. On engagea le commandeur à rester, et on le logea dans une chambre voisine de celle qu’Octave venait de prendre au second étage du château. Ce soir-là Octave avait entrepris de rendre à Armance un peu de gaieté ; il avait besoin de la voir sourire ; il eût vu dans ce sourire une image de l’ancienne intimité. Sa gaieté réussit fort mal et déplut fort à Armance. Comme elle ne répondait pas, il était obligé d’adresser ses discours à madame d’Aumale, qui était présente et qui riait beaucoup, tandis qu’Armance gardait un silence morne.

Octave se hasarda à lui faire une question qui semblait exiger une assez longue réponse : on répondit en deux mots fort secs. Désespéré de l’évidence de sa disgrâce, il quitta le