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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/201

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Sans la secourir aucunement, Octave resta immobile à la regarder ; elle était profondément évanouie, ses yeux si beaux étaient encore à demi ouverts, les contours de cette bouche charmante avaient conservé l’expression d’une douleur profonde. Toute la rare perfection de ce corps délicat se trahissait sous un simple vêtement du matin. Octave remarqua une petite croix de diamants qu’Armance portait ce jour-là pour la première fois.

Il eut la faiblesse de prendre sa main. Toute sa philosophie avait disparu. Il vit que la caisse de l’oranger le dérobait à la curiosité des habitants du château ; il se mit à genoux à côté d’Armance : Pardon, ô mon cher ange, dit-il à voix basse et en couvrant de baisers cette main glacée, jamais je ne t’ai tant aimée !

Armance fit un mouvement ; Octave se releva comme par un effort convulsif : bientôt Armance put marcher, et il la reconduisit au château sans oser la regarder. Il se reprochait amèrement l’indigne faiblesse à laquelle il venait d’être entraîné ; si Armance l’avait aperçue, toute la cruauté de ses propos devenait inutile. Elle se hâta de le quitter en rentrant au château.

Dès que madame de Malivert fut visible, Octave se fit annoncer chez elle et se précipita dans ses bras. Chère maman, donne-moi la permission de voyager, c’est la seule ressource qui me reste pour éloigner un mariage abhorré, sans manquer au respect que je dois à mon père. Madame de Malivert, fort étonnée, essaya en vain d’obtenir de son fils quelques mots plus positifs sur ce prétendu mariage :

Quoi ! lui disait-elle, ni le nom de la demoiselle, ni l’indication de la famille, je ne puis rien savoir de toi ! Mais il y a de la folie ! Bientôt madame de Malivert n’osa plus se servir de ce mot, qui lui semblait trop vrai. Tout ce qu’elle put obtenir de son fils, qui semblait déterminé à partir dans la