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Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/156

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Mais vos amis ont remarqué avec douleur que vous vous donniez la peine d’inventer sur place vos mots les plus révoltants. Enfin le scandale incroyable de votre prétendue conduite vous aurait valu une célébrité malheureuse parmi ce que Paris renferme de jeunes gens du plus mauvais ton.

La personne qui vous calomnie, continua Armance, que le silence obstiné d’Octave commençait à déconcerter un peu, a fini par des détails que l’étonnement seul de ma tante l’a empêchée de contredire.

Octave remarquait avec délices que la voix d’Armance tremblait pendant ce long récit. Tout ce qu’on vous a raconté est vrai, lui dit-il enfin, mais ne le sera plus à l’avenir. Je ne reparaîtrai pas dans des lieux où jamais l’on n’aurait dû voir votre ami.

L’étonnement et l’affliction d’Armance furent extrêmes. Un instant elle éprouva un sentiment qui ressemblait à du mépris. Mais le lendemain, lorsqu’elle revit Octave, sa manière de voir sur ce qui est convenable dans la conduite d’un homme était bien changée. Elle trouvait dans le noble aveu de son cousin, et surtout dans ce serment si simple fait à elle, une raison de l’aimer davantage. Armance crut être assez sévère envers elle-même en faisant le vœu de quitter Paris et de ne jamais revoir Octave s’il reparaissait dans ces maisons si peu dignes de lui.