Page:Shelley - Œuvres en prose, 1903, trad. Savine.djvu/413

Cette page n’a pas encore été corrigée


395

clos d’un mur de pierres un espace de terrain irrégulier, accidenté, se trouvait entre le mur et la route sur laquelle nous étions; derrière le moulin, s’élevait une colline longue et basse, et une couverture uniforme de nuages gris s’étendait sur tout le ciel du soir. C’était la saison où la dernière feuille s’est détachée du frêne étriqué et rabougri. La scène, assurément, n’avait rien que d’ordinaire, la saison et l’heure n’étaient guère propres à allumer des pensées désordonnées; c’était un assemblage banal et sans intérêt, d’objets, et tel qu’il le fallait pour pousser l’imagination à chercher un refuge dans une sérieuse et grave causerie au coin du feu, devant le dessert, avec des fruits d’hiver et du vin. L’effet qu’il produisit sur moi fut tout autre qu’on ne pouvait s’y attendre. Je me rappelai soudain avoir vu exactement le même paysage dans un rêve fait longtemps.
1 A cet endroit, je fus obligé de m’arrêter, saisi d’une épouvante qui me faisait frissonner. – Telle est la remarque qui termine ce fragment, écrit en 1815. Je me rappelle fort qu’il vint me retrouver aussitôt après l’avoir écrit, pâle et agité, et chercher, dans la conversation, une diversion contre le terrible émoi que cela avait causé. – [Note de M" Shelley.]