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sera l’avenir. Si nous continuons à exister, la nature de notre existence sera telle que nulle induction, nulle supposition tirée de la considération de notre expérience terrestre ne pourraient nous éclairer sur ce point, c'est là une chose évidente. L’opinion d’après laquelle le principe vital qui est en nous, de quelque manière qu’il continue à exister, doit perdre cette conscience d’être un individu défini qui le caractérise maintenant, pour devenir une unité dans le vaste total d’action et de pensée qui ordonne et anime l’univers, et qui se nomme Dieu, semble appartenir la catégorie d’opinion qu’on peut qualifier d’indifférente. Contraindre une personne à savoir tout ce qui peut être connu des morts, au sujet de ce que les vivants craignent, espèrent ou oublient, la plonger dans le plaisir ou la souffrance qui l’y attendent, la punir ou la récompenser d’une façon et dans une proportion qui ne peuvent être ni calculées ni comprises par nous, l’enlever soudain à tout cet enchevêtrement de bien et de mal dont la Nature semble avoir fait comme un vêtementà chaque forme d’existence individuelle, voilà ce que c’est que lui infliger une condamnation à mort. Un certain degré de douleur et d’épouvante accompagne ordinairement une exécution capitale. Ce degré varie infiniment, suivant l’infinie variété dans le tempérament et les opinions du condamné. En tant que mesure de châtiment, si on la considère froidement à ce point de vue, et en tant que spectacle, destiné à intimider les spectateurs par l’effet qu’on s’attend à la voir produire sur la sensibilité