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que l’esprit, après la mort, sera dans un état de souffrance et de plaisir selon la direction qu’il aura suivie pendant la vie. Si ridicules et si pernicieux que nous devions juger les accessoires vulgaires de cette doctrine, il y a une certaine analogie, qui n’est pas totalement absurde, entre les conséquences qui, pendant la vie, résultent pour un individu, de la conduite vertueuse ou coupable, prudente ou imprudente, de ses actes extérieurs, et entre les conséquences que l’on suppose se produire par le fait de la discipline et de l’ordre de ses pensées intimes, autant qu’elles déterminent sa condition dans un état futur. Sans doute, on oublie de faire entrer en compte les accidents de la maladie, du tempérament, de l’organisation, ainsi que la foule des causes indépendantes qui agissent sur les opinions, la conduite et le bonheur des individus, et qui produisent des déterminations de la volonté, des modifications dans le jugement, de nature à engendrer les effets les plus opposés dans des êtres qui se ressemblent beaucoup. Ce sont là, dans l’ordre de l’ensemble de la nature, des opérations qui, nous sommes portés à le croire, tendent à un but certain et immense, auquel sont subordonnées les facultés actives de notre nature particulière; et il n’y a aucun motif de croire que dans un état futur, elles deviennent soudain indépendantes de cette subordination. Le philosophe est hors d’état de déterminer si notre existence dans un état antérieur a eu de l’influence sur notre condition présente, et il s’abstient de décider si notre condition présente peut avoir des conséquences pour nous dans ce qui