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— la visite de Talbot à la comtesse d’Auvergne, —la discussion de Richard Plantagenet et de Somerset dans les jardins du Temple, — l’entrevue du même Richard et de Mortimer à la Tour de Londres, — le raccommodement momentané de Glocester et de Winchester, — l’entrée de Jeanne d’Arc dans Rouen, — son expulsion finale par Talbot, — le retour du duc de Bourgogne au parti du Dauphin, — la querelle de Vernon et de Basset, — la dégradation de sir John Falstaff, — l’adoption de la Rose Rouge par Henry VI, — la mort de Talbot et de son fils devant Bordeaux, — la défaite des Français et la prise de la Pucelle devant Angers, — l’enlèvement de Marguerite d’Anjou par Suffolk, — le supplice de Jeanne d’Arc, — enfin la conclusion de la paix et le mariage de Henry VI avec Marguerite d’Anjou. L’auteur a-t-il au moins classé ce tas de faits disparates dans leur ordre historique ? Non, car la mort de Talbot, qui survint en 1453, précède ici le mariage de Henry VI, qui fut célébré en 1445, et même le martyre de Jeanne d’Arc, qui fut consommé dès 1429. Tous ces événements qu’aucune logique ne groupe n’ont même pas de lien chronologique ! C’est le chaos des temps et des lieux.

La première partie de Henry VI décèle une telle faiblesse, une telle impéritie, une telle ignorance des premiers principes de l’art, que le lecteur habitué au faire magistral de l’auteur de Henry V se pose inévitablement cette question : Est-elle vraiment l’œuvre de Shakespeare ? Tous les commentateurs ont conçu le même doute, et la plupart, après mûr examen, ont répondu négativement à la question. Dès le siècle dernier, Malone résumait ainsi une longue et savante dissertation : « Je ne crois pas que cette pièce soit de la composition de Shakespeare : tout au plus en a-t-il écrit une scène ou deux. » Et, en dépit d’une protestation récente de M. Charles