Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/49

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


élèvent leurs mains flétries vers le ciel pour le pardon du sang ; j’ai bâti deux chapellenies où des prêtres graves et solennels chantent incessamment pour le repos de Richard. Mais tout ce que je puis faire est peu de chose, puisque ma pénitence doit venir après tout implorer le pardon.

Charme souverain de la prière ! Henry a par cette sublime oraison exorcisé l’esprit funeste. Il a imploré le concours de la Providence, et la Providence émue va travailler pour lui. C’est ainsi que s’accomplit le miracle d’Azincourt : miracle historique que toutes nos chroniques attestent à la raison confondue.

Comment expliquer autrement que par l’intervention active de la destinée invisible l’extraordinaire journée du 25 octobre 1415 ? Voyez-vous cette bande infime de miliciens anglais que Monstrelet vous montre, mal nourris, mal vêtus, mal équipés, « la plus grande partie sans armures en leur pourpoint, leurs chausses avalées, ayant haches pendues à leurs courroies, » les uns « coiffés de cuir ou d’osier, » les autres « sans chaperon, » courant sus à la formidable armée française, bardée de fer et d’or, laquelle présente à son avant-garde un front de huit mille chevaucheurs casqués et couronnés, et échelonne ses trente-deux files à perte de vue, sur cette plaine entre deux forêts. Ces déguenillés, ces affamés, ces va-nu-pieds, après avoir décoché une bordée de flèches, jettent leurs arcs à un signal donné, prennent à leurs ceintures « des haches, des maillets, des becs-de-faucon et autres bâtons de guerre, » et avec ces outils prétendent enfoncer les trente-deux murailles d’acier qui leur barrent le chemin. Sans doute la noble gendarmerie française n’a qu’à exécuter une charge pour refouler l’insolente canaille anglaise. L’ordre est donné de s’élancer au galop. Ô stupeur ! l’ordre donné ne peut s’exécuter. Les