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en la fin conclu par trente conseillers du nombre dessus dit que le roi d’Angleterre et sa puissance seraient combattus ; et les cinq, pour plusieurs raisons, conseillaient pour le meilleur à leur avis qu’on ne les combattît pas au jour nommé ; mais en la fin fut tenue l’opinion de la plus grand’partie. Et incontinent le roi manda détroitement à son connétable par ses lettres, et à ses autres officiers, que tantôt se missent tous ensemble avec toute la puissance qu’ils pourraient avoir, et combattissent le dit roi d’Angleterre et les siens. Et lors après ce fut hâtivement divulgué par toute la France que tous nobles hommes accoutumés de porter armes, veuillants avoir honneur, allassent nuit et jour devers le connétable où qu’il fût. Et mêmement Louis, duc d’Aquitaine, avait grand désir d’y aller, nonobstant que par le roi son père lui eût été défendu ; mais par le moyen du roi Louis de Sicile et du duc de Berri, il fut attargé de non y aller.

Or, convient retourner au roi d’Angleterre, lequel de Mouchy-la-Gâche, où il était logé, comme dit est dessus, se tira par devers Encre, et alla loger en un village nommé Forceville, et ses gens se logèrent à Acheu et ès villes voisines. Et le lendemain, qui était le mercredi, chevaucha par emprès Lucheu, et alla loger à Bouviers-l’Écaillon, et le duc d’York, son oncle, menant l’avant-garde, se logea à Fremont, sur la rivière de Canche.

Et est vrai que pour cette nuit les dits Anglais furent bien logés en sept ou huit villages en l’éparse. Toutefois, ils n’eussent nuls empêchements, car les Français étaient allés pour être au-devant d’iceux Anglais vers Saint-Pol et sur la rivière d’Anjain. Et le jeudi, le dessus dit roi d’Angleterre de Bouviers se délogea ; et puis, chevauchant en moult belle ordonnance, alla jusqu’à Blangy auquel lieu, quand il eut passé l’eau et qu’il fut sur la