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dit ses capitaines, se rua vaillamment sur ses ennemis, et leur tua plus de monde qu’il n’en avait dans sa troupe. Mais ses ennemis, ayant un plus grand nombre d’hommes et l’artillerie la plus forte qui eût encore été vue en campagne, l’atteignirent à la cuisse d’un coup de mangonneau, égorgèrent son cheval, et tuèrent lâchement, une ois étendu à terre, ce capitaine qu’ils n’avaient jamais osé regarder en face, tant qu’il était debout. Avec lui mourut vaillamment son fils lord Lisle. » — Hall.

(44) « Pendant les négociations de cette trêve, le comte de Suffolk, faisant extension de ses pouvoirs sans l’assentiment de ses collègues, s’imagina dans sa fantaisie que le meilleur moyen d’arriver à une paix parfaite était de conclure un mariage entre une parente du roi de France, dame Marguerite, fille de René, duc d’Anjou, et son souverain seigneur, le roi Henry. Ce René, duc d’Anjou, s’appelait roi de Sicile, de Naples et de Jérusalem, mais ne possédait de ces royaumes que le titre, n’ayant pas même un denier de revenu ni un pied de terrain. Ce mariage parut d’abord étrange au comte ; et ce qui semblait devoir y faire grand obstacle était que les Anglais occupaient une grande partie du duché d’Anjou et tout le comté du Maine appartenant au roi René. Toutefois le comte de Suffolk, corrompu soit par des présents, soit par une prédilection excessive pour ce mariage désavantageux, consentit à ce que le duché d’Anjou et le comté du Maine seraient remis au roi, père de la fiancée, et à ne demander pas même une obole pour sa dot, comme si cette nouvelle alliance dépassait d’elle-même toutes richesses et avait plus de valeur qu’or et que pierres précieuses. Mais, quoique ce mariage plût au roi et à plusieurs de ses conseillers, Homfroy, duc de Glocester, protecteur du royaume, s’y opposait fort, alléguant qu’il serait contraire aux lois de Dieu et déshonorant pour le prince de rompre le contrat de mariage conclu par des ambassadeurs dûment autorisés avec la fille du comte d’Armagnac, à des conditions aussi profitables qu’honorables pour le prince et pour son royaume. Mais les paroles du duc ne pouvaient être écoutées, les actes du comte étant seuls appréciés et approuvés… Le comte de Suffolk fut fait marquis de Suffolk ; et, accompagné de sa femme et de plusieurs autres personnes de distinction, il fit voile pour la France afin de ramener la reine désignée dans le royaume d’Angleterre. Car le roi René, son père, malgré ses titres si longs, avait la bourse trop courte pour envoyer honorablement sa fille au roi son époux. » — Holinshed.


fin des notes.