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Le héraut.
— N’en déplaise à Votre Majesté. — le connétable a été tué dans la bataille.

Henry V.
— Vous voyez qu’avant de chanter victoire, — il faut en être bien sûr. Mais, héraut, — quel est ce château qui avoisine de si près notre camp ?

Le héraut.
— N’en déplaise à Votre Majesté, — on l’appelle le château d’Azincourt.

Henry V.
— Eh bien, milords d’Angleterre, — pour la plus grande gloire de nos Anglais, — je veux que cette bataille soit pour toujours appelée la bataille d’Azincourt.

Le héraut.
— Sous le bon plaisir de Votre Majesté, — j’ai un autre message pour Votre Majesté.

Henry V.
— Quel est-il, héraut ? dis.

Le héraut.
— N’en déplaise à Votre Majesté, mon seigneur et maître — implore une entrevue de Votre Majesté.

Henry V.
— De tout mon cœur, pourvu que quelques-uns de mes nobles — inspectent l’endroit de peur de trahison et de guet-apens.

Le héraut.
— Votre Grâce n’a pas à s’inquiéter de cela.

Henry V.
— Eh bien, dis-lui donc que je consens.
Sort le héraut.

(38) Les cinquante-six vers qui suivent cette réplique du roi de France manquent à l’édition de 1600. La peinture que fait le duc de Bourgogne de l’état déplorable où se trouvait la France, au moment de la bataille d’Azincourt, est due à une retouche magistrale. Shakespeare a compris que le meilleur moyen de justifier le conquérant était d’invoquer l’intérêt même du peuple conquis, et il l’invoque ici dans de magnifiques vers ajoutés tout exprès à l’esquisse primitive.

(39) Extrait des Fameuses victoires de Henry V :

Entrent le roi de France, le roi d’Angleterre et leur suite.

Henry V.
— Mon bon frère de France, — je ne suis pas venu dans ce pays pour y verser le sang, — mais pour revendiquer les droits de ma patrie. Si vous