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révoltés contre Frédéric, avaient chassé ignominieusement hors de leur ville l’impératrice sa femme, montée sur une vieille mule nommée Tacor, ayant le derrière tourné vers la tête de la mule, et le visage vers la croupière. Frédéric les ayant subjugués fit mettre une figue aux parties honteuses de Tacor, et obligea tous les Milanais captifs d’arracher publiquement cette figue avec les dents et de la remettre au même lieu sans l’aide de leurs mains, à peine d’être étranglés et pendus sur-le-champ ; et ils étaient obligés de dire au bourreau qui était présent : Ecco la fica. C’est la plus grande injure qu’on puisse faire aux Milanais que de leur faire la figue : ce qu’on fait en leur montrant le bout du pouce serré entre les deux doigts voisins. De là ce proverbe est passé aux autres nations, et même aux Espagnols qui disent : Dar las higas. »

Le mot de Pistolet : la figue espagnole ! pourrait bien aussi, ainsi que le soupçonne Steevens, être une parole à double sens, faisant allusion aux terribles figues qui, au seizième siècle, servaient aux vengeances espagnoles. Souvent alors, en Espagne et en Italie, on se débarrassait d’un ennemi en lui faisant manger un de ces fruits empoisonnés.

(26) « Sur ce, Montjoie, roi d’armes, fut envoyé au roi d’Angleterre pour le défier comme l’ennemi de la France, et pour lui dire qu’il lui serait bientôt livré bataille. Le roi Henry répondit délibérément : « Mon intention est de faire comme il plaira à Dieu. Je n’irai pas chercher votre maître cette fois, mais, si lui ou les siens me cherchent, je leur tiendrai tête, Dieu voulant. Si quelqu’un de votre nation essaie une fois de m’arrêter dans ma marche sur Calais, que ce soit à ses risques et périls ; et pourtant je ne désire pas qu’aucun de vous soit assez mal avisé pour me fournir l’occasion de teindre votre jaune terrain de votre sang rouge. » Quand il eut ainsi répondu au héraut, il lui donna une récompense princière et de l’argent pour son départ. » — Holinshed.

Les fameuses victoires de Henry V présentent ainsi cette scène historique :


Henry V.
Doucement, voici venir quelque autre messager français.
Entre un héraut.

Le héraut.
— Roi d’Angleterre, monseigneur le grand connétable, — et d’autres sei-