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Le messager.
— Sous le bon plaisir de Votre Majesté, — je viens de la part de votre pauvre ville en détresse, Harfleur, — qui est investie de tous côtés. — Si Votre Majesté ne lui envoie pas un secours immédiat, — la ville se rendra au roi d’Angleterre.

Le roi.
— Allons, messeigneurs, allons, resterons-nous impassibles — jusqu’à ce que notre pays soit ruiné sous notre nez ? — Messeigneurs, que les Normands, les Brabançons, les Picards — et les Danois soient expédiés en toute hâte. — Et vous, seigneur grand connétable, je vous fais général en chef — de toute l’armée.

Le dauphin.
— Je compte que Votre Majesté m’accordera — quelque poste de bataille, — et j’espère me bien comporter.

Le roi.
— Je te déclare, mon fils, — quand j’obtiendrais la victoire, si tu perdais la vie, — je me considérerais comme vaincu, et je regarderais les Anglais comme vainqueurs.

Le dauphin.
— Pourtant, monseigneur et père, — je voudrais faire savoir à ce petit roi d’Angleterre — que j’oserai lui tenir tête sur tous les terrains du monde.

Le roi.
Je sais bien cela, mon fils, — mais pour le moment je veux qu’il en soit ainsi. — Partons donc.
Tous sortent.

(24) Le poëte a trouvé dans le récit des chroniqueurs le fait qu’il attribue ici à Bardolphe. Holinshed et Hall racontent tous deux que, pendant que l’armée anglaise se dirigeait sur Calais, « un stupide soldat vola un ciboire dans une église et irrévérencieusement mangea les saintes hosties qu’il contenait. »

(25) La note suivante, extraite du Dictionnaire de Furetière, est ici tout à fait à propos :

« On fait la figue à quelqu’un quand on se moque de lui en faisant quelque sorte de grimace.

Pape-figue se nomme
L’île et province où les gens autrefois
Firent la figue au portrait du Saint-Père.
Punis en sont, rien chez eux ne prospère.

» Le proverbe vient de l’italien Far la fica. Il tire son origine, à ce que disent Munster et autres auteurs, de ce que les Milanais, s’étant