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non à notre réclamation. — Et à Dieu ne plaise, mon sage et savant lord, — que vous forciez, torturiez ou faussiez votre sentiment. — Car Dieu sait combien d’hommes, aujourd’hui pleins de santé, — verseront leur sang pour soutenir le parti — auquel Votre Révérence va nous décider. — Réfléchissez donc bien, avant d’engager notre personne, — avant de réveiller l’épée endormie de la guerre. — Nous vous sommons au nom de Dieu, réfléchissez. — Après cette adjuration, parlez, milord ; — et nous apprécierons et noterons ce que vous direz, convaincu — que votre parole est purifiée — comme la faute par le baptême.


(6) Cette curieuse dissertation est extraite presque littéralement d’Holinshed. Le parallélisme que voici donnera au lecteur une idée du minutieux scrupule avec lequel Shakespeare a transporté dans sa poésie la prose du chroniqueur :


Shakespeare.
In terram salicam mulieres ne succedant. — Nulle femme ne succédera en terre salique. — Les Français prétendent injustement que cette terre salique — est le royaume de France, et que Pharamond — est le fondateur de cette loi qui exclut les femmes. — Pourtant leurs propres auteurs affirment en toute bonne foi — que la terre salique est en Allemagne entre la Sahl et l’Elbe. — Là Charlemagne, ayant soumis les Saxons, — laissa derrière lui une colonie de Français — qui, ayant pris en dédain les femmes allemandes — pour certains traits honteux de leurs mœurs, — établirent cette loi que nulle femme — ne serait héritière en terre salique. Etc.

Holinshed.
In terram salicam mulieres ne succedant. C’est-à-dire qu’aucune femme ne succède en terre salique. Les glossateurs français expliquent que cette terre est le royaume de France, et que cette loi a été faite par le roi Pharamond. Pourtant leurs propres auteurs affirment que la terre salique est en Allemagne entre l’Elbe et la Sahl, et que, quand Charlemagne eut vaincu les Saxons, il établit là des Français qui, ayant en dédain les mœurs honteuses des femmes allemandes, firent cette loi que les femmes ne succéderaient à aucun héritage en cette terre. Etc.

Shakespeare s’étant astreint à copier Holinshed qui, au temps d’Élisabeth, était cité comme la plus grande autorité historique, c’est à Holinshed même qu’il faut laisser la responsabilité des erreurs qui ont été relevées ici à la charge du poëte. Ainsi, l’empereur Louis le Débonnaire n’a jamais eu de fils appelé Carloman ; il n’est nulle part question dans nos annales de cette dame Lingare, arrière-petite-fille de Charlemagne, dont Hugues-Capet se serait prétendu l’héritier ; ce n’est pas Louis X, mais Louis IX qui avait pour grand’mère la belle