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j’ai la chance de te retrouver, — c’est pour assister à ta mort cruelle et prématurée ! — Ah ! Jeanne, chère fille Jeanne, je mourrai avec toi !


LA PUCELLE.

— Misérable décrépit ! vil et ignoble gueux ! — Je suis issue d’un plus noble sang. — Tu n’es ni mon père ni mon parent.


LE BERGER.

— Assez ! assez ! ne vous déplaise, milords, cela n’est pas. — Toute la paroisse sait que je l’ai engendrée : — sa mère, qui vit encore, peut attester — qu’elle est le premier fruit, de mon célibat.


WARWICK, à la Pucelle.

— Impie ! tu veux renier ta famille !


YORK.

— Ceci démontre quel a été son genre de vie : — criminelle et vile ! sa mort en est la digne conclusion.


LE BERGER.

— Fi, Jeanne ! t’obstiner ainsi ! — Dieu sait que tu es une tranche de ma chair ; — et tu m’as fait verser bien des larmes ; — ne me renie pas, je te prie, gentille Jeanne.


LA PUCELLE.

— Arrière, paysan !… Vous avez suborné cet homme — dans le but de ravaler ma noble naissance.


LE BERGER.

— Il est vrai que j’ai donné un noble au prêtre, — le matin où j’ai épousé sa mère. — Mets-toi à genoux et reçois ma bénédiction, ma bonne fille. — Tu ne veux pas t’incliner ! Eh bien, maudite soit l’heure — de ta naissance ! Je voudrais que le lait — que t’a donné ta mère, quand tu tétais son sein, — eût été pour toi de la mort aux rats ! — Ou bien, quand tu gardais mes brebis aux champs, — je souhaite que quelque loup affamé t’eût dévorée ! — Tu renies