Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/297

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



SUFFOLK.

— Moi, je suis comte, et je m’appelle Suffolk. — Ne t’en offense pas, merveille de la nature, — tu étais destinée à être prise par moi. — Ainsi le cygne abrite sa couvée duvetée — en la retenant prisonnière sous son aile. — Pourtant, si cette servitude te blesse, — va, et redeviens libre, comme amie de Suffolk.

Elle se détourne comme pour s’en aller.

— Oh ! reste, je n’ai pas la force de la laisser partir ; — ma main voudrait la délivrer, mais mon cœur dit non. — Le soleil, en se jouant sur le cristal d’une source, — y fait étinceler un reflet de ses rayons ; — ainsi apparaît à mes yeux cette beauté splendide. — Volontiers je lui ferais ma cour, mais je n’ose parler… — Je vais demander une plume et de l’encre, et écrire ma pensée… — Fi de la Poole ! ne te diminue pas. — N’as-tu pas une langue ? n’est-elle pas ta prisonnière ? — Te laisseras-tu intimider par la vue d’une femme ? — Oui, telle est la majesté princière de la beauté — qu’elle enchaîne la langue et trouble les sens.


MARGUERITE.

— Dis-moi, comte de Suffolk, si tel est ton nom, — quelle rançon dois-je payer pour pouvoir m’en aller ? — Car je vois bien que je suis ta prisonnière.


SUFFOLK, à part.

— Comment peux-tu affirmer qu’elle repoussera tes instances, — avant d’avoir mis son amour à l’épreuve ?


MARGUERITE.

— Pourquoi ne par les-tu pas ? Quelle rançon dois-je payer ?


SUFFOLK, à part.

— Elle est belle, et partant faite pour être courtisée ; — elle est femme, et partant faite pour être obtenue.


MARGUERITE.

—Veux-tu accepter une rançon, oui ou non ?