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souterraines, — aidez-moi cette fois encore à assurer la victoire à la France.

Les démons se promènent en silence.

— Oh ! ne me tenez pas en suspens par un trop long silence ! — Habituée à vous nourrir de mon sang, — je suis prête à me couper un membre et à vous le donner, — en retour de nouveaux services, — pourvu que vous condescendiez à m’assister encore.

Ils baissent la tête.

— Nul espoir de secours ! mon corps — sera votre récompense, si vous accédez à ma demande.

Ils secouent la tête.

— Quoi ! le sacrifice de mon corps, de mon sang — ne peut obtenir de vous le concours habituel ! — Alors prenez mon âme, oui, mon corps, mon âme, tout, — plutôt que de laisser vaincre la France par l’Angleterre !

Ils disparaissent.

— Voyez ! ils m’abandonnent ! Le moment est donc venu — où la France doit abaisser son sublime panache — et laisser tomber sa tête dans le giron de l’Angleterre. — Mes anciennes incantations sont trop faibles, — et l’enfer est trop fort pour que je lutte contre lui. — Maintenant, France, ta gloire s’abîme dans la poussière.

Elle sort.


Fanfare d’alarme. Entrent, en se battant, les Français et les Anglais. La Pucelle et York se battent corps à corps. La Pucelle est prise. Les Français fuient.



YORK.

— Damoiselle de France, je crois que je vous tiens. — Maintenant déchaînez vos esprits par des charmes magiques, — et éprouvez s’ils peuvent vous rendre la liberté. — Magnifique prise, bien digne des grâces du diable ! — Voyez ! comme l’affreuse sorcière fronce le sourcil ; — on dirait qu’autre Circé, elle veut me transformer.