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Fanfares. Sortent les soldats et les serviteurs, laissant les deux cadavres. Entrent Charles, Alençon, Bourgogne, le Bâtard, la Pucelle et ses forces.



CHARLES.

— Si York et Somerset avaient amené du renfort, — nous aurions eu une journée bien sanglante.


LE BÂTARD.

— Avec quelle rage frénétique ce louveteau de Talbot — gorgeait son épée novice de sang français !


LA PUCELLE.

— Je l’ai rencontré une fois, et lui ai dit : — Ô jeunesse vierge, sois vaincue par une vierge ! — Mais lui, avec un superbe et majestueux dédain, — il m’a répondu : Le jeune Talbot n’est pas né — pour être le butin d’une gourgandine ! — Sur ce, s’élançant aux entrailles de l’armée française, — il m’a laissée fièrement, comme une indigne adversaire.


BOURGOGNE.

— Certes, il aurait fait un noble chevalier. — Voyez-le enseveli dans les bras — du sanglant nourricier de ses malheurs.


LE BÂTARD.

— Taillons-les en pièces, hachons leurs os : — leur vie fut la gloire de l’Angleterre, la stupeur de la France !


CHARLES.

— Oh ! non, n’en faites rien : ceux que nous avons fuis — vivants, ne les outrageons pas morts.


Entre sir William Lucy, accompagné d’une escorte. Un Héraut français le précède.



LUCY.

— Héraut, conduis-moi à la tente du Dauphin, — que je sache à qui revient la gloire de cette journée.