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à ma mort ; rester ici, — ce n’est qu’abréger ma vie d’un jour. — En toi meurent ta mère et le nom de notre famille, — et la vengeance de ma mort, et ta jeunesse, et la gloire de l’Angleterre ! — Nous hasardons tout cela et plus encore, si tu restes ; — tout cela est sauvé, si tu veux fuir.


JOHN.

— L’épée d’Orléans ne m’a pas fait de mal ; — vos paroles me font saigner le cœur. — Avant qu’un tel avantage soit acheté par une pareille infamie, — avant qu’une gloire éclatante soit sacrifiée pour sauver une vie chétive, — avant que le jeune Talbot fuie le vieux Talbot, — puisse le cheval couard qui m’emporte tomber et mourir ! — Puissé-je devenir l’égal du plus vil paysan de France, — pour être le rebut de l’opprobre et l’esclave de la détresse ! — Non, par toute la gloire que vous avez acquise, si je fuis, je ne suis plus le fils de Talbot ; — ne me parlez donc plus de fuite, c’est inutile. — Le fils de Talbot doit mourir aux pieds de Talbot.


TALBOT.

— Suis, toi, ton père en cette Crète désespérée, — ô mon Icare ! Ta vie m’est douce ! — Si tu veux combattre, combats à côté de ton père ; — et, après avoir fait nos preuves, mourons fièrement.

Ils sortent.



Scène XXI.

[Une autre partie du champ de bataille.]


Fanfare d’alarme. Escarmouches Entre Talbot, blessé, soutenu par un serviteur.



TALBOT.

— Où est ma seconde vie ? C’en est fait de la mienne. — Oh ! où est le jeune Talbot ? Où est le vaillant John ? —