Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/277

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


avec la pâle destruction. — Dix mille Français ont fait serment — de ne décharger leur formidable artillerie — que sur une seule tête chrétienne, l’Anglais Talbot ! — Donc te voilà debout, plein de vie, dans toute la vaillance — d’un esprit invincible et indompté ! — Eh bien, c’est le dernier hommage — que moi, ton ennemi, je rends à ta gloire. — Car, avant que l’horloge de verre qui maintenant commence à s’emplir — ait achevé le cours de son heure sablonneuse, — les yeux qui maintenant te voient si brillant de santé — te verront flétri, sanglant, pâle et mort.

Roulement lointain de tambour.

— Écoute ! écoute ! le tambour du Dauphin ! c’est la cloche d’alarme, — qui sonne le glas funèbre pour ton âme effarée ! — Et mon tambour va donner le signal de ton terrible trépas.

Le général et ses soldats se retirent du rempart.



TALBOT.

— Ce n’est point une fable ! j’entends l’ennemi. — Vite, quelques cavaliers alertes pour aller reconnaître leurs ailes ! — Oh ! négligente et imprudente manœuvre ! — Comme nous voilà parqués et cernés de toutes parts ! — Petit troupeau de timides daims anglais, — traqué par la même glapissante des molosses français ! — Anglais, si nous sommes des daims, soyons de la bonne race, — et non de ces maigres bêtes qu’une morsure fait tomber ; — soyons plutôt de ces cerfs furieux et exaspérés — qui se retournent avec un cimer d’acier sur les limiers sanguinaires — et mettent les lâches aux abois ! — Que chacun vende sa vie aussi chèrement que la mienne, — et ils paieront cher notre chair, mes amis. — Dieu et saint Georges ! Talbot et le droit de l’Angleterre ! — Que nos couleurs prospèrent dans ce périlleux combat !

Ils sortent.