Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/237

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



SUFFOLK.

— Dans la salle du Temple, nous faisions trop de bruit ; — ce jardin est un lieu plus convenable.


PLANTAGENET.

— Déclarez donc sur-le-champ si j’ai soutenu la vérité, — ou si ce querelleur de Somerset n’est pas dans l’erreur.


SUFFOLK.

— Ma foi, je suis un méchant étudiant en droit ; — je n’ai jamais pu plier ma volonté à la loi ; — et aussi ai-je toujours plié la loi à ma volonté.


SOMERSET.

— Jugez donc entre nous, vous, milord de Warwick.


WARWICK.

— De deux faucons, lequel vole le plus haut ? — De deux chiens, lequel a le plus fort aboiement ? — De deux lames, laquelle a la meilleure trempe ? — De deux chevaux, lequel se manie le mieux ? — De deux filles, laquelle a la plus sémillante œillade ? — J’ai peut-être assez de jugement pour décider tout cela ; — mais dans ces subtiles et fines arguties de la loi, — ma foi, je n’en sais pas plus long qu’une buse.


PLANTAGENET.

— Bah ! bah ! c’est une échappatoire polie. — La vérité est si visiblement nue de mon côté — qu’un myope la reconnaîtrait.


SOMERSET.

— Et de mon côté elle est si bien démontrée, — si claire, si éclatante, si évidente, — qu’elle resplendirait même aux yeux d’un aveugle.


PLANTAGENET.

— Puisque vous restez bouche close et répugnez tant à parler, — proclamez votre pensée par un muet témoignage. — Que celui qui, né vrai gentilhomme, tient à