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maintenant — que vous ne voyiez que l’ombre de Talbot ? — Voici sa substance ; voici les muscles, les bras, les forces, — avec lesquels il met sous le joug vos cous rebelles, — rase vos cités, renverse vos villes — et les rend en un moment désolées.


LA COMTESSE.

— Victorieux Talbot ! pardonne mon outrage ; — je le vois, tu n’es pas au-dessous de ce que raconte la renommée, — et tu es au-dessus de ce qu’annonce ta taille. — Que ma présomption ne provoque pas ta colère, — car je suis fâchée de ne t’avoir pas traité avec le respect qui t’est dû.


TALBOT.

— Ne vous alarmez, pas belle dame ; ne méconnaissez pas — l’âme de Talbot, comme vous vous êtes méprise — sur l’extérieur de sa personne. — Ce que vous avez fait ne m’a point offensé ; — la seule satisfaction que je vous demande, — c’est de souffrir que nous — goûtions de votre vin et que nous voyions quelles friandises vous avez, — car l’appétit des soldats est toujours excellent.


LA COMTESSE.

— De tout mon cœur ; et je me tiens pour honorée de festoyer chez moi un si grand guerrier.

Ils sortent.



Scène IX.

[Londres. Les jardins du Temple.]


Entrent les comtes de Somerset, de Suffolk et de Warwick, Richard Plantagenet, Vernon et un autre homme de loi.



PLANTAGENET.

— Milords et messieurs, que signifie ce silence ? — Personne n’ose-t-il rendre témoignage à la vérité ?