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John Norris, le vétéran des guerres de France et des Pays-Bas, venait de mourir, après s’être épuisé vainement à la poursuite de l’inexpugnable rébellion. Sir Henry Bagnall avait été battu à Blackwater, laissant quinze cents morts et toute son artillerie sur le champ de bataille, et le vainqueur, Hugh O’neal, avait été proclamé roi d’Irlande par les révoltés. Il ne s’agissait plus d’émeute partielle, mais d’une révolution nationale.

Réprimer un pareil mouvement était une tâche formidable. Les ministres unanimes désignèrent Essex comme le seul homme capable de l’accomplir, et proposèrent ce choix à la signature royale. En vain Essex, devinant un piége, voulut décliner le terrible poste d’honneur. La reine signa la nomination, et le comte dut partir. Il quitta Londres le 27 mars 1599, acclamé par une foule immense qui, raconte l’annaliste Stowe, était entassée sur un espace de plus de quatre milles, criant : « Dieu bénisse Votre Seigneurie ! Dieu préserve Votre Honneur ! « Quand il eut dépassé Islington, un gros nuage noir apparut au nord-est. Beaucoup virent là un mauvais présage. L’orage, en effet, ne tarda pas à éclater. — Essex une fois à Dublin, ses adversaires, sir Robert Cecil, lord Cobham, sir Walter Raleigh, travaillèrent à le perdre : tous les actes du lord lieutenant furent successivement incriminés. Essex avait choisi pour général de sa cavalerie son ami, l’ami de Shakespeare, lord Southampton, récemment emprisonné pour avoir osé se marier sans le consentement de la reine. Les ministres firent casser Southampton. — L’armée d’Essex, artistement levée par ses ennemis et recrutée à dessein parmi les gens de sac et de corde, privée de vivres, privée de munitions, s’était débandée presque tout entière au premier coup de feu. Le comte demanda du renfort. Les ministres dictèrent à la reine une lettre de refus indignée. Ainsi désarmé devant l’in-