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Salisbury ? Si la parole te manque, — tu peux encore lever un œil vers le ciel pour implorer sa merci : — le soleil avec un œil unique embrasse tout l’univers. — Ciel, n’aie de clémence pour aucun vivant, — si Salisbury n’obtient pas grâce devant toi ! — Qu’on emporte d’ici son corps, j’aiderai à l’ensevelir… — Sir Thomas Gargrave, es-tu vivant encore ? — Parle à Talbot ; du moins, lève les yeux vers lui… — Salisbury, console ton âme avec cette pensée : — tu ne mourras pas tant que… — Il me fait signe de la main, et me sourit, — comme pour me dire : Quand je serai mort et parti, souviens-toi de me venger des Français. — Plantagenet, je m’y engage : comme Néron, — je jouerai du luth en regardant brûler les villes : — je veux que ma renommée fasse le malheur de la France.

Coup de tonnerre. Ensuite une fanfare d’alarme.


— Quel est ce fracas ? Quel est ce tumulte dans les cieux ? — D’où viennent cette alarme et ce bruit ?


Entre un Messager.



LE MESSAGER.

— Milord, milord, les Français ont concentré leurs forces. — Le Dauphin, secondé d’une certaine Jeanne la Pucelle, — une sainte prophétesse, nouvellement apparue, — arrive avec une grande armée pour faire lever le siége.

Salisbury pousse un gémissement (41).



TALBOT.

— Écoutez, écoutez, comme Salisbury gémit ! — Il a le cœur navré de ne pouvoir se venger. — Français, je serai pour vous un Salisbury ; pucelle ou putain, dauphin ou requin, — j’imprimerai dans vos cœurs les sabots de mon cheval, — et je ferai une bourbe de toutes vos cervelles broyées. — Qu’on porte Salisbury dans sa