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brave sire Ponton de Xaintrailles ; — j’ai été échangé contre lui. — Tout d’abord c’est contre un homme d’armes subalterne — que, par mépris, ils voulaient me troquer ; — mais je m’y suis dédaigneusement refusé, et j’ai réclamé la mort — plutôt que d’être ainsi ravalé. — Enfin, j’ai été racheté comme je le désirais. — Mais, oh ! la trahison de Falstaff me déchire le cœur ! — Et je l’exécuterais de mes propres mains, — si je le tenais maintenant en mon pouvoir.


SALISBURY.

— Mais tu ne nous dis pas comment tu as été accueilli.


TALBOT.

— Avec des outrages, des insultes, d’humiliants sarcasmes. — Ils m’ont mené en pleine place publique, — et m’ont offert en spectacle à toute la population ! — « Voilà, disaient-ils, la terreur des Français, — l’épouvantail qui effraie tant nos enfants ! » — Alors je me suis violemment dégagé des officiers qui me conduisaient, — et avec mes ongles j’ai arraché des pierres du chemin — pour les lancer aux spectateurs de ma honte. — Ma contenance terrible a fait fuir tout le monde ; — personne n’osait m’approcher dans la crainte d’une mort soudaine. — Ils ne me croyaient pas suffisamment gardé entre des murs de fer ; — si grande était parmi eux la terreur répandue par mon nom — qu’ils me supposaient capable de briser des barreaux d’acier — et de mettre en pièces des poteaux de diamant. — Aussi avais-je une garde de tireurs choisis — qui sans cesse marchaient autour de moi ; — et, si seulement je bougeais de mon lit, — ils étaient prêts à me tirer au cœur.


SALISBURY.

— Je souffre d’entendre quels tourments vous avez endurés ; — mais nous serons suffisamment vengés. —