Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/211

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LA PUCELLE.

Dauphin, je suis, par ma naissance, la fille d’un berger, — et mon esprit n’a été initié à aucune espèce d’art. — Il a plu au ciel et à Notre-Dame-de-Grâce — d’illuminer ma misérable condition. — Un jour que je gardais mes tendres agneaux, — exposant mes joues à la brillante chaleur du soleil, — la mère de Dieu daigna m’apparaître, — et, dans une vision pleine de majesté, — m’enjoignit de quitter ma basse condition — et d’affranchir mon pays de ses calamités. — Elle me promit son aide et m’assura le succès : — elle se révéla dans toute sa gloire ; — jusque-là j’étais noire et basanée ; — les rayons splendides qu’elle a répandus sur moi m’ont parée de cette beauté que vous me voyez. — Adresse-moi toutes les questions possibles, — et j’y répondrai à l’improviste. — Éprouve mon courage, si tu l’oses, par le combat, — et tu reconnaîtras que je suis au-dessus de mon sexe ! — Sois-en convaincu, tu seras fortuné, — si tu me reçois pour ta martiale compagne.


CHARLES.

— Tu m’as étonné par ton fier langage. — Je ne mettrai ta valeur qu’à cette seule épreuve : — tu joûteras avec moi en combat singulier ; — et, si tu es victorieuse, tes paroles sont vraies ; — autrement, je renonce à toute confiance.


LA PUCELLE.

— Je suis prête ; voici mon épée à la lame affilée, — qu’ornent de chaque côté cinq fleurs de lis. — C’est en Touraine, dans le cimetière de l’église Sainte-Catherine, — que je l’ai choisie parmi un tas de vieille ferraille.


CHARLES.

— Viens donc au nom de Dieu, je ne crains pas une femme.