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lâche.— Étant à l’arrière-garde placé en réserve — afin d’appuyer et de suivre les autres, — il s’enfuit lâchement, sans avoir frappé un coup. — De là la déroute et le massacre général. — Nous étions cernés par l’ennemi. — Un infâme Wallon, pour gagner les bonnes grâces du Dauphin, — a frappé Talbot par derrière d’un coup de lance, — Talbot que la France entière, avec toutes ses forces vives réunie, — n’eût jamais osé regarder en face.


BEDFORD.

— Talbot est tué ! Eh bien, je vais me tuer moi-même, — pour avoir vécu ici oisif dans la pompe et dans l’aisance, — tandis qu’un si vaillant chef, par défaut de secours, — était traîtreusement livré à ses lâches ennemis !


TROISIÈME MESSAGER.

— Oh ! non, il vit ; mais il a été fait prisonnier, — ainsi que lord Scales et lord Hungerford ; — les autres ont pour la plupart été massacrés ou pris.


BEDFORD.

— Ce sera moi seul qui paierai sa rançon. — Je précipiterai le Dauphin de son trône, — et sa couronne sera la rançon de mon ami ; — j’échangerai quatre de leurs seigneurs contre un des nôtres. — Adieu, mes maîtres, je vais à mon devoir. — Il faut que j’allume sur-le-champ des feux de joie en France, — pour célébrer la fête de notre grand saint Georges. — Je vais prendre avec moi dix mille soldats, — dont les sanglants exploits feront trembler l’Europe entière.


TROISIÈME MESSAGER.

— Vous en aurez besoin, car Orléans est assiégée ; — l’armée anglaise est affaiblie et abattue ; — le comte de Salisbury implore du secours, — et c’est à grand’peine qu’il empêche ses hommes de se mutiner, — quand ils se voient si peu nombreux pour surveiller une telle multitude.