Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/202

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portons-nous en sang ! — Henry est mort, et ne revivra jamais. — C’est un cercueil de bois que nous entourons ; — et nous glorifions de notre majestueuse présence — la victoire humiliante de la mort, — ainsi que des captifs enchaînés à un char de triomphe. — Eh quoi ! maudirons-nous les planètes funestes — qui ont ainsi comploté la ruine de notre gloire ? — ou croirons-nous que les Français subtils — sont des enchanteurs et des sorciers qui, effrayés de lui, — ont, par des vers magiques, amené sa fin ?


WINCHESTER.

— C’était un roi béni par le roi des rois. — Pour les Français, le terrible jour du jugement — sera moins terrible que ne l’était sa vue. — Il a gagné les batailles du Dieu des armées. — Ce sont les prières de l’Église qui l’ont fait si prospère !


GLOCESTER.

— L’Église ! où est-elle ? Si les gens d’Église n’avaient pas tant prié, — le fil de son existence ne se serait pas si tôt usé. — Vous n’avez de goût que pour un prince efféminé, — que vous puissiez dominer comme un écolier.


WINCHESTER.

— Quel que soit notre goût, Glocester, tu es Protecteur ; — et tu aspires à gouverner le prince et le royaume. — Tu as une femme altière qui a sur toi plus d’empire — que Dieu et les saints ministres de la religion.


GLOCESTER.

— Ne parle pas de religion, car tu aimes la chair ; — et, l’année durant, tu ne vas jamais à l’église, — si ce n’est pour prier contre tes ennemis.


REDFORD.

— Terminez, terminez ces querelles, et tenez vos esprits en paix. — Rendons-nous à l’autel… Hérauts,