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se laisser baiser avant d’être mariées ; est-ce ça qu’elle veut dire ?


ALICE.

Ouy, vrayment.


LE ROI HENRY.

Oh ! Kate, les plus méticuleux usages fléchissent devant les grands rois. Chère Kate, vous et moi, nous ne saurions être enfermés dans la lice chétive de la coutume d’un pays ; nous sommes les faiseurs de modes, Kate, et la liberté qui s’attache à notre rang ferme la bouche aux censeurs, comme je vais fermer la vôtre pour avoir soutenu, en me refusant un baiser, le prude usage de votre pays : ainsi patience et soumission !

Il l’embrasse.

Vous avez la sorcellerie à vos lèvres, Kate ; il y a plus d’éloquence dans leur suave contact que dans toutes les bouches du conseil de France ; et elles persuaderaient plus tôt Henry d’Angleterre qu’une pétition unanime de tous les monarques. Voici venir votre père.


Entrent le Roi et la Reine de France, le Duc de Bourgogne, Bedford, Glocester, Exeter. Westmoreland, et autres seigneurs français et anglais.



BOURGOGNE.

Dieu garde Votre Majesté ! mon royal cousin, enseigniez-vous l’anglais à notre princesse ?


LE ROI HENRY.

Je voulais, beau cousin, lui apprendre combien je l’aime, et c’est là le bon anglais.


BOURGOGNE.

Est-ce qu’elle n’a pas de dispositions ?


LE ROI HENRY.

Notre langue est rude, petit cousin, et ma nature n’a rien de doucereux ; en sorte que, ne possédant ni l’accent ni l’instinct de la flatterie, je ne puis évoquer en