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pour tel, le roi des bons compagnons. Allons, réponds-moi avec ta mélodie estropiée, car ta voix est une mélodie, et ton anglais est estropié. Ainsi, reine des reines, Catherine, ouvre-moi ton cœur, dusses-tu estropier ma langue : veux-tu de moi ?


CATHERINE.

Ze fais comme il plaira au roy mon père.


LE ROI HENRY.

Va, ça lui plaira, Kate ; ça lui plaira, Kate.


CATHERINE.

Eh bien, z’en serai contente aussi.


LE ROI HENRY.

Cela étant, je vous baise la main, et vous appelle ma reine.


CATHERINE.

Laissez, monseigneur, laissez, laissez, laissez : ma foy, je ne veux point que vous abaissiez vostre grandeur en baisant la main d’une vostre indigne serviteure ; excusez-moy, je vous supplie, mon très-puissant seigneur.


LE ROI HENRY.

Eh bien, je vous baiserai aux lèvres, Kate.


CATHERINE.

Les dames et damoiselles, pour estre baisées devant leurs nopces, il nest pas le coustume de France.


LE ROI HENRY, à la suivante.

Madame mon interprète, que dit-elle ?


ALICE.

Ça n’être point la fashion pour les ladies de France… Ze ne sais comment se dit baiser en english.


LE ROI HENRY.

To kiss.


ALICE.

Votre Majesté entendre plus bien que moy.


LE ROI HENRY.

Ce n’est point la coutume des damoiselles de France de