Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/184

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


çais, placés à leur portée, — le fatal éclair du meurtrier basilic ! — Nous espérons bien que le venin de ce regard — a perdu sa force, et que cette journée — changera tant de douleurs et de discordes en amour.


LE ROI HENRY.

— C’est pour crier amen à ce vœu que nous paraissons ici.


LA REINE ISABEAU.

— Princes anglais, je vous salue tous.


BOURGOGNE.

— Je vous offre à tous deux l’hommage d’une égale affection, — grands rois de France et d’Angleterre. J’ai usé — de toutes les forces de mon intelligence, de mon zèle et de mon activité — pour amener vos impériales majestés — à la barre de cette royale conférence : — vous pouvez tous deux de votre auguste bouche me rendre ce témoignage. — Donc, puisque mes bons offices ont réussi — à vous mettre face à face — dans ce royal tête-à-tête, excusez-moi — si je demande, en votre royale présence, — quel obstacle, quel empêchement s’oppose — à ce que la paix, aujourd’hui nue, misérable et mutilée, — la paix, — cette chère nourrice des arts, de l’abondance et des joyeuses générations, — revienne, dans le plus beau jardin de l’univers, — dans notre fertile France, montrer son aimable visage. — Hélas ! elle est depuis trop longtemps chassée de France ; — et toutes les végétations amoncelées, — s’y corrompent par leur fécondité même. — La vigne, ce gai cordial du cœur, — y meurt non émondée ; les haies, naguère régulièrement taillées, — telles maintenant que des prisonniers follement échevelés. — y projettent partout des tiges désordonnées ; dans les prairies en jachère — l’ivraie, la ciguë et la fumeterre grossière — prennent racine, tandis que se rouille le soc — qui devrait déraciner cette sauvagerie.