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Scène XII.

[Le camp anglais à Azincourt.]


Il fait nuit. Entrent le Roi Henry et Glocester, puis Bedford.



LE ROI.

— Il est vrai, Glocester, nous sommes dans un grand danger ; — d’autant plus grand doit être notre courage… — Bonjour, frère Bedford… Dieu tout-puissant ! — Il y a dans toute chose mauvaise une essence de bien — pour les hommes qui savent la distiller. — Ainsi nos mauvais voisins nous font lever de bonne heure, — habitude salutaire et de bon ménager ; — en outre, ils sont pour nous des consciences visibles, — des prêcheurs qui nous conseillent à tous — de nous bien préparer pour notre heure suprême. — Ainsi nous pouvons extraire un miel de l’ivraie, — et tirer une morale du diable lui-même.

Entre Erpingham.

— Bonjour, mon vieux sir Thomas Erpingham ; — un bon oreiller moelleux pour cette bonne tête blanche — vaudrait mieux que cette rude pelouse de France.


ERPINGHAM.

— Non pas, mon suzerain ; ce lit me convient mieux, — car je puis dire qu’à présent je suis couché comme un roi.


LE ROI.

— Il est bon de se réconcilier aux peines présentes — par l’exemple d’autrui. Ainsi l’esprit est soulagé ; — et, quand l’imagination est ravivée, infailliblement — les organes, auparavant inanimés et amortis, — s’arrachent à leur sépulcre léthargique et, rejetant la vieille peau, — se meuvent avec une légèreté nouvelle. — Prête-moi ton manteau, sir Thomas. Vous deux, frères, — recomman-