Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/131

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Persée ; il est tout air et tout feu ; et les éléments massifs de la terre et de l’eau ne se manifestent en lui que par sa tranquille patience, quand son cavalier le monte. Voilà un cheval ! toutes les autres bêtes, vous pouvez les appeler des rosses.


LE CONNÉTABLE.

En effet, monseigneur, c’est un très-parfait et très-excellent cheval.


LE DAUPHIN.

C’est le prince des palefrois ; son hennissement est comme le commandement d’un monarque, et sa contenance force l’hommage.


ORLÉANS.

Assez, cousin !


LE DAUPHIN.

Non, celui-là n’a pas d’esprit qui n’est pas capable, depuis le lever de l’alouette jusqu’au coucher de l’agneau, de varier l’éloge mérité par mon palefroi. C’est un thème aussi fluide que l’Océan ; faites des grains de sable autant de langues éloquentes, et mon cheval sera un argument pour toutes. C’est un sujet digne d’être raisonné par un souverain, et monté par le souverain d’un souverain. Il mérite que tout le monde, connu autant qu’inconnu, laisse là ses occupations diverses pour s’extasier devant lui. Un jour j’ai écrit à sa louange un sonnet qui commençait ainsi :

Merveille de la nature.



ORLÉANS.

J’ai entendu un sonnet à une maîtresse qui commençait de même.


LE DAUPHIN.

On aura imité celui que j’ai composé pour mon coursier ; car mon cheval est ma maîtresse.