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ladie ; mes bandes ont diminué, et les quelques hommes qui me restent — ne valent guère mieux qu’autant de Français ; — quand ils se portaient bien, je te le déclare, héraut, — je croyais voir sur chaque paire de jambes anglaises — marcher trois Français… Mais que Dieu me pardonne — une telle jactance ! C’est votre air de France — qui a soufflé ce vice en moi ; je dois m’en corriger. — Va donc dire à ton maître que je suis ici ; — ma rançon, c’est ce frêle et misérable coffre ; — mon armée n’est qu’une garde faible et malade ; — mais, Dieu aidant, dis-lui que nous irons en avant, quand le roi de France en personne, ou tout autre voisin aussi puissant — nous barrerait le passage… Voici pour ta peine, Montjoie.

Il lui donne un présent.

— Va dire à ton maître de bien réfléchir. — Si l’on nous laisse passer, nous passerons ; si l’on nous fait obstacle, — nous teindrons votre jaune terrain — de votre sang rouge. Et sur ce, Montjoie, adieu. — En résumé, voici notre réponse : — Dans notre situation, nous n’entendons pas chercher le combat, — pas plus que, dans notre situation, nous n’entendons l’éviter. — Dites cela à votre maître (26).


MONTJOIE.

— Je lui transmettrai ces paroles. Je remercie Votre Altesse.

Montjoie sort.

GLOCESTER.

— J’espère qu’ils ne viendront pas sur nous à présent.


LE ROI.

— Nous sommes dans la main de Dieu, frère, non dans les leurs. — Marchez au pont ; il se fait nuit. — Nous allons camper au delà de la rivière ; — et demain nous ordonnerons qu’on se mette en marche.

Ils sortent.