Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/117

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et tempéré de la charité — repousse les nuages impurs et contagieux — du meurtre opiniâtre, du pillage et du crime. — Sinon, en bien, attendez-vous dans un moment à voir — l’aveugle et sanglant soldat tordre d’une main hideuse, — malgré leurs cris perçants, la chevelure de vos filles ; — vos pères saisis par leur barbe d’argent, — et leurs têtes vénérables brisées contre les murs ; vos enfants nus embrochés sur des piques, — leurs mères affolées perçant les nuages — de leurs hurlements confus, comme autrefois les femmes de Judée — pendant la chasse sanglante des bourreaux d’Hérode (21) ! — Qu’en dites-vous ? — Voulez-vous vous rendre, et éviter tout cela, — ou, par une coupable défense, causer votre destruction ?


LE GOUVERNEUR.

— Ce jour met fin à notre espoir. — Le Dauphin, dont nous avons imploré le secours, — nous réplique que ses forces ne sont pas encore suffisantes — pour faire lever un siége si important. C’est pourquoi, roi redouté, — nous livrons notre ville et nos vies à ta tendre merci. — Franchis nos portes ; dispose de nous et de ce qui est nôtre. — Car nous ne pouvons nous défendre plus longtemps.


LE ROI.

— Ouvrez vos portes. Allons, mon oncle Exeter, — entrez dans Harfleur, restez-y, — et vous y fortifiez puissamment contre les Français. — Usez de merci envers tous. Pour nous, cher oncle, — (l’hiver approche et la maladie envahit — notre armée), nous nous retirerons à Calais. — Cette nuit, nous serons votre hôte à Harfleur. — Demain, nous serons prêts à marcher.

Fanfares. Le roi et l’armée anglaise entrent dans la ville.