Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/116

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Scène VIII.

[Devant une porte d’Harfleur.]


Le gouverneur et quelques citoyens au haut des remparts. Les troupes anglaises au bas. Entrent le roi Henry et son escorte.



LE ROI HENRY.

— Qu’a résolu enfin le gouverneur de la ville ? — Voilà le dernier pourparler que nous admettrons. — Ainsi, abandonnez-vous à notre suprême merci ; — ou, en hommes fiers de périr, — provoquez notre fureur extrême ! Car, foi de soldat, — (c’est le titre qui, dans ma pensée, me sied le mieux), — si je rouvre la batterie, — je ne quitterai pas votre Harfleur à demi ruinée, — qu’elle ne soit ensevelie sous ses cendres. — Les portes de la pitié seront toutes closes ; — et le soldat acharné, rude et dur de cœur, — se démènera dans la liberté de son bras sanguinaire — avec une confiance large comme l’enfer, fauchant comme l’herbe — vos vierges fraîches écloses et vos enfants épanouis ! — Eh ! que m’importe, à moi, si la guerre impie, — vêtue de flammes comme le prince des démons, — commet d’un front noirci tous les actes hideux — inséparables du pillage et de la dévastation ! — Que m’importe, quand vous-mêmes en êtes cause, — si vos filles pures tombent sous la main — du viol ardent et forcené ! — Quelles rênes pourraient retenir la perverse licence, — lorsqu’elle descend la pente de sa terrible carrière ? — Vainement nous signifierions nos ordres impuissants — aux soldats enragés de pillage : — autant envoyer au Léviathan l’injonction — de venir à terre ! Ainsi, hommes d’Harfleur, — prenez pitié de votre ville et de vos gens, — tandis que mes soldats sont encore à mon commandement ; — tandis que le vent frais