Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1873, tome 12.djvu/108

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LE ROI DE FRANCE.

— Vous serez bientôt expédiés avec de belles propositions. — Une nuit n’est qu’un mince répit et un court intervalle — pour répondre sur des matières de pareille conséquence.

Ils sortent.


Entre le Chœur.



LE CHŒUR.

— Ainsi d’une aile imaginaire notre scène agile vole — avec le mouvement accéléré — de la pensée. Figurez-vous que vous avez vu — le roi armé de toutes pièces embarquer sa royauté — au port de Southampton, sa brave flotte — éventant le jeune Phébus avec de soyeux pavillons. — Mettez en jeu votre fantaisie, et qu’elle vous montre — les mousses grimpant à la poulie de chanvre. — Entendez le coup de sifflet strident qui impose l’ordre — à tant de bruits confus ; voyez les voiles de fil, — soulevées par le vent invisible et pénétrant, — entraîner à travers la mer sillonnée les énormes bâtiments — qui opposent leur poitrine à la lame superbe. Oh ! figurez-vous — que vous êtes sur le rivage, et que vous apercevez — une cité dansant sur les vagues inconstantes ; — car telle apparaît cette flotte majestueuse — qui se dirige droit sur Harfleur. Suivez-la, suivez-la ! — Accrochez vos pensées à l’arrière de ces navires, — et laissez votre Angleterre calme comme l’heure morte de minuit, — gardée par des grands-pères, des marmots et de vieilles femmes, — qui ont passé ou n’ont pas atteint l’âge de l’énergie et de la puissance. — Car, quel est celui qui, ayant seulement un poil — au menton, n’a pas voulu suivre — en France cette élite de cavaliers choisis ? — À l’œuvre ! à l’œuvre les pensées, et qu’elles vous représentent un siège : — voyez l’artillerie sur ses