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de Berry, de Bretagne, — de Brabant et d’Orléans vont partir — au plus vite, ainsi que vous, Dauphin, — pour pourvoir et renforcer nos places de guerre — d’hommes de courage et de tous les moyens défensifs ; — car l’Anglais approche avec la fureur — d’un torrent sucé par un gouffre. — Il nous sied donc de prendre toutes les précautions — que peut nous conseiller la crainte, en vue des traces récentes — laissées sur nos plaines par l’Anglais — fatal et trop négligé.


LE DAUPHIN.

Mon père très-redouté, — il est fort sage de nous armer contre l’ennemi. — Car, lors même qu’aucune guerre, aucune querelle publique n’est imminente, — un royaume ne doit pas se laisser énerver par la paix, — au point que ses moyens de défense, ses troupes, ses approvisionnements, — cessent d’être entretenus, assemblés et concentrés — comme dans l’attente d’une guerre. — Aussi, je le déclare, il convient que nous partions tous — pour inspecter les parties malades et faibles de la France. — Et faisons-le sans montrer de crainte, — sans en montrer plus que si nous savions toute l’Angleterre — occupée des danses moresques de la Pentecôte ; — car, mon bon suzerain, elle est si follement régie, — son sceptre est si grotesquement porté — par un jouvenceau frivole, étourdi, futile et capricieux — qu’elle ne peut inspirer la crainte.


LE CONNÉTABLE.

Oh ! silence, Dauphin ! — Vous méconnaissez par trop ce roi. — Que Votre Grâce questionne les derniers ambassadeurs ; — ils lui diront avec quelle haute dignité il a reçu leur ambassade, — de quels nobles conseillers il était entouré, — que de réserve il montrait dans ses objections, et aussi — que de terrible fermeté dans sa résolution ; — et vous reconnaîtrez que ses extravagances passées —