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INTRODUCTION.

que leur maître est tout occupé à lire et à commenter la dépêche, les chambellans se sont rapprochés des filles d’honneur et ont entamé avec elles une conversation animée : Longueville parle tout bas à Maria ; Du Maine conte fleurettes à Catherine ; et quant au sémillant Biron, il engage avec la coquette Rosaline une guérilla d’esprit qui rappelle les tendres escarmouches de Bénédict et de Béatrice, dans Beaucoup de bruit pour rien. Le roi de Navarre pourrait terminer d’un mot ces dangereux pourparlers, en accédant bien vite à la demande de Sa Majesté Très-Chrétienne ; Mais il soulève des objections ; il réclame un reçu de cent mille écus qu’il faut faire venir de Paris ; et pendant ce temps-là, l’imprudent ! il se charge de distraire la princesse. Sur quoi, ces messieurs se séparent de ces dames en prenant rendez-vous pour le lendemain.

Voilà donc nos personnages en pleine pastorale, et qui n’en connaît les périls ? La campagne double de tous ses charmes les séductions de la beauté ; elle provoque les tendres confidences par son ineffable discrétion ; elle offre aux doux épanchements tout le comfort mystérieux de la nature, rideaux de branchage, tapis de gazon, oreillers de mousse ; à chaque pas elle tente la galanterie par quelque pente irrésistible ; elle excite la familiarité en même temps qu’elle la voile. Le parc du roi de Navarre s’est bien vite transformé en jardin du Décaméron. Les couples s’égarent sous le charme et s’étendent à l’ombre du sycomore. On devise, on babille, on minaude le prétentieux charabias à la mode des cours d’amour. Au milieu des tentations de la villégiature, que vont devenir tant de beaux serments d’austérité ?

Hélas ! voulez-vous le savoir ? Voici justement Biron qui traverse la grande allée tout rêveur. Regardez ce papier qu’il froisse dans l’entraînement de son monologue.