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LES COMÉDIES DE L’AMOUR.

« une semaine de jeûne au pain et à l’eau. » En vain le berger demande que sa peine soit commuée en « un mois de prière au mouton et à la soupe. » Son Altesse est inflexible ; et le misérable Trogne, remis à don Ariano par le garde-champêtre Balourd, va expier en prison ses familiarités avec Jacquinette.

Au moment même où cette sentence est mise à exécution, un messager apporte une épouvantable nouvelle. La fille du roi de France arrive en personne pour entamer, au nom de son père, une importante négociation diplomatique ; et, pour comble d’horreur, elle est escortée par un bataillon de dames d’atours, toutes plus jolies, toutes plus séduisantes les unes que les autres. Saint Antoine, à l’approche de la Tentation, était moins embarrassé que ne l’est alors ce pauvre roi de Navarre. Après avoir promis si solennellement de ne parler à aucune femme avant trois ans révolus, le prince va-t-il donc se parjurer en recevant la princesse ? D’un autre côté, s’il ne la reçoit pas, est-il en mesure de supporter les conséquences de cet outrageant refus ? Va-t-il risquer une guerre inégale avec le Français justement offensé ? Non. Un royaume vaut bien… un serment. Ainsi pense le roi de Navarre. Il recevra donc la princesse ; mais, pour montrer que violence lui est faite, il ne la recevra pas dans son palais : il la laissera coucher à la belle étoile. Comme dit Boyet : « il la fera camper dans la plaine ainsi qu’un ennemi venu pour assiéger sa cour. »

Son parti une fois pris, le roi se rend auprès de la princesse, escorté de ses trois chambellans, et donne, pour excuse de son apparente impolitesse, le vœu sacré qu’il a prononcé. La princesse répond fièrement qu’il ne tiendra qu’à lui d’abréger cette importune visite en cédant immédiatement aux réclamations de la France, et, ce disant, elle lui tend une lettre du roi son père. Tandis