Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1869, tome 6.djvu/470

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
472
472
LA SAUVAGE APPRIVOISÉE, ETC.

il me semble, que je reste fille… — D’ailleurs, il faudrait que ce fût un fier homme pour que je ne puisse lui tenir tête.


ALFONSO, à Catherine.

— Donne-moi ta main, Ferando t’aime, — et te maintiendra dans la richesse et dans l’aisance… — Tiens, Ferando, prends-la pour femme. — La noce aura lieu dimanche prochain.


FERANDO, à Catherine.

— Eh bien, ne t’avais-je pas dit que je serais ton homme ?… — Père, je vous laisse mon aimable Cateau, — préparez-vous pour le jour de notre mariage. — Quant à moi, je cours a ma maison de campagne — en toute hâte afin de veiller à ce que tout soit prêt — pour recevoir ma Cateau quand elle arrivera.


ALFONSO.

— À merveille. Viens, Cateau, Pourquoi as-tu l’air — si triste ? Sois gaie, Cateau. Le jour de ta noce approche… — Mon fils, portez-vous bien et veillez à tenir votre promesse.

Ils sortent.

(13) Titre d’une ballade aujourd’hui perdue.

(14) Voici l’esquisse de cette scène dans la comédie primitive. — Le jour fixé pour les noces est venu. Tous les invités sont prêts à se rendre à l’église. On n’attend plus que le marié.


ALFONSO.

— Je m’étonne que Ferando n’arrive pas.


POLIDOR.

— Il se peut que son tailleur n’ait pu achever à temps — le costume qu’il compte porter. — Sans doute il est déterminé à mettre aujourd’hui — quelque parure fantastique — richement poudrée de pierres précieuses, mouchetée d’or liquide, chamarré de perles, — digne, à son idée, d’être son habit de noces.


ALFONSO.

— Peu m’importeraient les dépenses qu’il a pu faire — en or et en soieries, pourvu qu’il fût ici en personne. — Car j’aimerais mieux perdre mille couronnes — qu’être aujourd’hui désappointé par lui… — Mais doucement ! Le voici, je crois.

Entre Ferando misérablement costumé, un chapeau rouge sur la tète.

FERANDO,

— Bonjour, père. Polidor, salut ! — Vous êtes étonnés, je suis sûr, que j’aie tardé si longtemps.


ALFONSO.

— Oui, parbleu, mon fils. Nous étions presque persuadés — que notre fiancé nous ferait faux bond aujourd’hui. — Mais, dis-moi, pourquoi es-tu si misérablement vêtu ?