Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1869, tome 6.djvu/397

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L’ouïe de l’amant percevra le son le plus faible — qui aura échappé à l’oreille soupçonneuse du voleur. — Le tact de l’amour est plus délicat, plus sensible — que ne le sont les cornes si tendres du limaçon à coquille. — Près de l’amour, le friand Bacchus a le goût grossier. — Pour la valeur, l’amour n’est-il pas un Hercule, — toujours prêt à grimper aux arbres des Hespérides ? — Subtil, il l’est autant que le sphinx ; suave et mélodieux, — il l’est autant que la lyre splendide d’Apollon, ayant pour cordes les cheveux divins ! — Et quand l’amour parle, les voix de tous les dieux — bercent le ciel d’un harmonieux écho. — Jamais poète n’oserait prendre la plume pour écrire, — sans que son encre eût été saturée de larmes d’amour ; — Oh ! mais alors ses vers raviraient les oreilles les plus farouches — et implanteraient chez les tyrans la plus douce humilité. — C’est des yeux même des femmes que je tire cette science suprême : sans cesse elles étincellent de vrai feu prométhéen. — Elles sont les livres, les arts, les académies — qui enseignent, régissent et alimentent le monde entier. — Sans elles il n’est personne qui puisse exceller à rien. — Vous étiez fous d’abjurer ainsi les femmes ; — vous seriez fous de tenir votre serment. — Au nom de la sagesse qui est si chère à tous les hommes, — ou au nom de l’amour à qui les hommes sont si chers, — au nom des hommes, auteurs des femmes, — ou au nom des femmes par qui, hommes nous sommes hommes, — sacrifions une bonne foi nos serments pour nous sauver nous-mêmes, — si nous ne voulons pas nous sacrifier pour garder nos serments. — C’est religion de se parjurer ainsi : — la charité est toute la loi divine ; — et comment séparer l’amour de la charité ?


LE ROI.

— Par saint Cupido ! Soldats, en avant !