Page:Shakespeare - Œuvres complètes, traduction Hugo, Pagnerre, 1869, tome 6.djvu/371

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

toi-même ? contre moi ! Sur ce, en attendant ta réplique, je profane mes lèvres sur ton pied, mes yeux sur ton image, et mon cœur sur tout ton individu.

À toi, dans la plus tendre intention de te servir,
Don Adriano de Armado. »

— Entends-tu le lion de Némée rugir — contre toi, petite brebis qui va devenir sa proie ? — Rampe humblement aux pieds du monarque, — et peut-être, déjà repu, daignera-t-il jouer avec toi. — Mais, pauvrette, si tu veux résister, que deviens-tu ? — Un aliment pour sa rage, une pâture pour sa tanière !


LA PRINCESSE.

— De quel plumage est donc celui qui a rédigé cette lettre ? — Quel coq de girouette ! Avez-vous jamais entendu rien de mieux.


BOYET.

— Ou je me trompe fort, ou je me rappelle ce style-là.


LA PRINCESSE.

— Vous auriez la mémoire bien courte, si vous l’aviez si vite oublié.


BOYET.

— Cet Armado est un Espagnol qui réside ici à la cour ; — un grotesque, un monarcho (38), un homme qui amuse — le prince et ses compagnons d’étude.


LA PRINCESSE, à Trogne.

Toi, l’ami ! un mot : — Qui t’a donné cette lettre ?


TROGNE.

Je vous l’ai dit : c’est mon sieur.


LA PRINCESSE.

— À qui devais-tu la remettre ?


TROGNE.

À ma dame de la part de mon sieur.


LA PRINCESSE.

— De quel sieur, à quelle dame ?