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Scène III.

[Aux abords du parc royal. Un pavillon et des tentes à distance.]


Entrent la Princesse de France, Rosaline, Maria, Catherine, Boyet, des Seigneurs et des Gentilshommes de la suite.

BOYET, à la princesse.

— À présent, madame, évoquez vos plus influents esprits. — Considérez qui vous envoie, le roi votre père ! — Considérez à qui il vous envoie, et quel est le but de l’ambassade. — Vous, si haut placée dans l’estime du monde, — vous allez conférer avec l’héritier unique — de toutes les perfections que l’homme peut posséder, — l’incomparable roi de Navarre, et l’objet des pourparlers n’est rien moins — que l’Aquitaine, une dot de reine ! — Soyez donc envers lui aussi prodigue de séductions — que la nature l’a été à votre égard, — alors que, pour vous combler de toutes les grâces, — elle en affama le monde entier !


LA PRINCESSE.

— Bon seigneur Boyet, ma beauté, si chétive qu’elle soit, — n’a pas besoin du fard éclatant de vos éloges ; la valeur de la beauté est fixée par le jugement du regard, — et non par une vile réclame débitée d’une voix de marchand (34). — Je suis moins fière de vous entendre vanter mon mérite — que vous n’êtes désireux de passer pour spirituel — en dépensant votre esprit à la louange du mien. — Vous m’appreniez ma tâche ; apprenez maintenant la vôtre. Bon Boyet, — vous n’êtes pas sans savoir (l’indiscrète renommée — l’a publié partout) que le roi de Navarre a fait le vœu — de passer trois années dans de pénibles études, — sans laisser appro-