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INTRODUCTION.

ration du délai fixé, le patient est complètement remis. Hélène a tenu sa parole ; au roi maintenant de tenir la sienne.

Le moment est solennel, et la scène est une des plus belles qui soient au théâtre. Par ordre du roi, l’élite de la seigneurerie française, les plus nobles gentilshommes, les plus riches, les plus beaux viennent en foule se ranger autour du trône et le comte de Roussillon est dans cette cohue. La fille du peuple, investie pour un moment de la redoutable toute-puissance, domine du haut de l’estrade royale les têtes les plus altières, et tour-à-tour les désigne du sceptre. Ils sont là tous, entassés aux pieds de l’humble enfant, les plus étincelants diadèmes, couronnes de princes, couronnes de ducs, couronnes de marquis. Ils sont là tous, à la portée de ces petites mains plébéiennes, les blasons aux plus splendides émaux. Hélène n’a qu’à choisir parmi ces hochets radieux. Veut-elle les armoiries de Vermandois, de Flandre ou de Champagne ? Préfère-t-elle l’écusson de Bretagne ou d’Aquitaine ? Elle n’a qu’un mot à dire.

Mais non ! Rangez-vous, altesses sérénissimes ! Eloignez-vous, ducs et pairs ! Arrière, marquis ! La fille du médecin Gérard ne veut pas de vous ! Elle aurait pu s’appeler madame la duchesse de Bourgogne ; mais elle préfère déroger : elle aime mieux être comtesse de Roussillon. « Je n’ose pas dire que je vous prends, dit-elle au jeune comte, mais je me livre, pour vous servir toute ma vie, à votre souverain pouvoir… Voilà l’homme ! » Et en prononçant ce tendre Ecce homo, Hélène a montré Bertrand.

Bertrand ne répond pas.

— Allons, jeune homme, dit le roi, prends-la : elle est ta femme !

Mais le roi de France a beau confirmer le choix d’Hé-