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SCÈNE X.


DEUXIÈME GENTILHOMME.

Nous sommes à votre service, madame, — pour cette mission comme pour toute autre affaire sérieuse.


LA COMTESSE.

— J’accepte vos courtoisies, mais à condition d’échange. — Voulez-vous venir ?

Sortent la Comtesse et les Gentilshommes.

HÉLÈNE

Jusqu’à ce que je n’aie plus de femme, la France ne me sera rien ! — La France ne lui sera rien, jusqu’à ce qu’il n’ait plus de femme ! — Tu n’en auras plus, Roussillon, tu n’en auras plus en France : — reprends donc ici tous tes droits. Pauvre seigneur ! C’est moi — qui te chasse de ton pays et qui expose — tes membres délicats à l’événement — d’une guerre sans merci ! C’est par moi — que tu es banni d’une cour joyeuse où tu — étais le point de mire des plus beaux yeux, pour devenir la cible — des mousquets enfumés ! Ô vous, messagers de plomb, — qui volez sur l’aile violente de la flamme, — faites fausse route ; percez l’air qui se referme — sans cesse sur vous en chantant, et ne touchez pas mon seigneur !… — L’homme qui tire sur lui, c’est moi qui l’aposte ; — l’homme qui s’élance contre son sein aventureux, — je suis la misérable qui l’excite ! — Et, si je ne le tue pas, c’est moi qui suis la cause — de sa mort ! Ah ! que plutôt — je rencontre le lion carnassier au moment où il rugit — sous la rude étreinte de la faim ! que plutôt — toutes les misères dont dispose la nature — me soient infligées à la fois ! Non, reviens chez toi, Roussillon. — Quitte ces lieux où l’honneur, pour une cicatrice qu’il peut gagner au danger, — risque de perdre une existence ! Je veux partir. — Ma présence ici est ce qui t’éloigne : — est-ce que je peux rester ! Non, non, quand — cette maison serait aérée par les brises du Paradis, —