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SCÈNE VI.


LAFEU.

Je te dirai, faquin, que je m’appelle un homme, et c’est un titre que l’âge ne te procurera pas.


PAROLES.

Ce que j’oserais trop volontiers, je n’ose pas le faire.


LAFEU.

Pendant deux repas, je t’ai pris pour un garçon suffisamment sensé ; tu as fait une narration tolérable de tes voyages ; cela pouvait passer ; mais déjà les banderoles dont tu te pavoisais m’avaient maintes fois porté à croire que tu n’es pas un navire de considérable tonnage. À présent je t’ai trouvé ; quand je te perdrais, peu m’importe. Tu es un gaillard qu’il faudrait reprendre à chaque instant ; et tu n’en vaux pas la peine.


PAROLES.

Si tu n’avais pas pour toi le privilège de l’antiquité !…


LAFEU.

Ne te plonge pas trop avant dans la colère, de peur de trop hâter ta mise à l’épreuve ; et si une fois… Dieu ait pitié de toi, poule mouillée !… Sur çe, ma belle jalousie, adieu ; je n’ai pas besoin de t’ouvrir, je vois à, travers toi… Donne-moi ta main.


PAROLES.

Monseigneur, vous me faites un insigne outrage.


LAFEU.

Oui, de tout mon cœur : tu en es digne.


PAROLES.

Je ne l’ai pas mérité, manseigneur.


LAFEU.

Si fait ! tu l’avaleras jusqu’à la lie. Je n’en rabattrai pas un scrupule.


PAROLES.

Soit ! c’est une leçon pour moi.