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SCÈNE VI.


HÉLÈNE.

— Monseigneur, je suis heureuse que vous soyez guéri ; — ne pensons plus au reste.


LE ROI.

— Mon honneur est en péril ; pour le dégager, — je dois mettre en œuvre ma puissance… Allons, prends sa main, — dédaigneux enfant, indigne d’un si beau don ; — toi qui oses accabler de tes insolents mépris — mon affection et son mérite ; toi qui ne songes pas — que nous n’avons qu’à jeter notre autorité dans la balance — pour que tu pèses moins qu’elle, et qui ignores — que nous pouvons transplanter tes dignités — pour les faire croître où bon nous semble ! Contiens tes mépris, — obéis à notre volonté, qui travaille pour ton bien ; — n’écoute plus ton orgueil ; et sur-le-champ — fais à tes intérêts cette concession d’obéissance — que ton devoir exige et que notre puissance réclame ; — sinon, je te retire ma tutelle pour t’abandonner à jamais — aux vertiges et aux dangers inévitables — de la jeunesse et de l’inexpérience ; et ma vengeance et ma haine, — au nom de la justice, se déchaîneront contre toi — sans pitié. Parle. Ta réponse !


BERTRAND.

— Pardon, mon gracieux seigneur ! Je soumets — mon goût à vos yeux. Quand je considère — quelles vastes créations et quel essaim d’honneurs — vous pouvez évoquer d’un signe, alors, celle qui naguère — tenait une place si infime dans ma pensée trop fière, devient — grâce aux éloges du roi, aussi noble — que si elle l’était de naissance.


LE ROI.

Prends-lui la main, — et dis-lui qu’elle est tienne. Je lui promets — une fortune à la hauteur, — sinon au-dessus de ton rang.